MOUVEMENT DES JEUNES SOCIALISTES
Fédération du Jura
CONVICTIONS

Le travail, salarié et non salarié, un outil de reconnaissance sociale

Un outil de reconnaissance sociale

La valeur du travail dans la construction de l’individu

L’identité de l’individu est aujourd’hui principalement construite autour du travail salarié. Ce dernier est considéré comme source de lien social, de reconnaissance sociale permettant à l’individu de « trouver sa place dans la société ». Ce constat, associé au fait que nous vivons dans une société où tout a un coût, le salaire alloué en échange du travail fourni est un élément non pas nécessairement indispensable mais utile pour vivre.

De plus, dans une société où seul le travail rémunéré est reconnu socialement, toute personne qui n’a pas d’emploi se trouve systématiquement au mieux pointée du doigt, au pire exclue ou marginalisée.

Cette omniprésence de ce qui est devenue pour certain une « valeur » peut être dévastatrice dans les cas de malaise au travail ou de perte d’emploi. Ainsi, l’exemple célèbre de la ville de Marienthal, en Autriche, dans les années où lors de la fermeture de l’usine autour de laquelle la ville avait été construite a fermé. L’ensemble des salariés avaient alors perdu plus qu’un salaire. Ils avaient perdu toute estime d’eux-mêmes, leurs capacités à se projeter dans l’avenir, leurs relations sociales avec d’autres (salariés de la même usine ou non d’ailleurs)…

Cet exemple montré par Lazarsfeld et Zeisel montre que si l’on perd tout ces à-côtés lorsque l’on perd un travail, c’est donc que le travail rémunéré est plus qu’une simple source de revenus.

Le salaire : la valeur du travail

Le travail salarié occupe une place prépondérante dans notre société. La question du salaire comme intermédiaire de l’échange de la force de travail est alors essentielle dans la mesure où sans travail, il n'y a pas de salaire et inversement. Cette symétrie qui peut paraître évidente n'est pourtant pas automatique. En effet, combien de salariés se trouvent dans une situation de non-paiement de l'ensemble des heures effectuées ? Il est malheureusement difficile de chiffrer ce phénomène, mais nous savons que les salariés dans cette situation sont nombreux.

Sans une obligation pour les employeurs de payer toutes les heures supplémentaires dès la première effectuée, l'adage « travailler plus pour gagner plus » martelé tout au long de la campagne présidentielle devient une véritable publicité mensongère couplée d'une supercherie. En effet, le libre choix pour le salarié dans un cadre qu'est le contrat de travail impliquant par nature un lien de subordination entre le salarié et son employeur ne peut exister. La décision de faire faire des heures supplémentaires n'appartient qu'à celui qui maîtrise à la fois le budget de l'entreprise et l'emploi du temps des salariés, de manière unilatérale.

Il est en effet peu probable qu'un cadre rémunéré au forfait jour, ne comptant donc pas ses heures, qui rentre tard le soir, ramène du travail à la maison et répond au téléphone durant les week-ends et les congés, ne vienne demander à son employeur de travailler plus, même pour gagner encore un peu plus. Par ailleurs, nous pouvons nous demander quel poids a concrètement une caissière de supermarché employée à temps partiel qui souhaiterait tout simplement travailler à temps plein ne serait-ce pour avoir un salaire complet, correspondant le plus souvent au SMIC, dans un contexte où l'employeur a la possibilité de rappeler simplement que d'autres sont prêts à accepter ces conditions de travail si elle n'est pas contente.


Par ailleurs, ce slogan martelé pour revaloriser la « valeur travail » marque un pas important pour le libéralisme culturel et l'acceptation par les plus faibles de la loi des plus forts. Il sous-entend de manière perverse le fait que l'on ne peut augmenter les salaires sans donner plus de temps de travail à notre employeur en contrepartie. Ainsi, les négociations sur les hauses de salaires sont vite oubliées et la modération salariale prônée par la Banque Centrale Européenne est facilement respectée. Et au-delà même de ce problème, une telle mesure est inefficace économiquement puisqu’elle n’a pas pour vocation à créer des emplois.

Pourtant, les entreprises françaises n'ont jamais autant produit et n'ont jamais dégagé autant de profits qu’aujourd’hui, mais la répartition de ces profits, elle, continue de se faire, comme depuis 25 ans environ, au détriment du travail et au profit du capital. Au final, alors que le nouveau Président dit vouloir « récompenser ceux qui se lèvent tôt le matin », rien n'est proposé concrètement pour ne pas considérer la rémunération des salariés comme une charge. Pis, elle n’est jamais considérée comme une ressource, mais toujours comme un coût qu’il faudrait toujours réduire au minimum. La première décision de Sarkozy concernant les salaires va dans ce sens, puisqu’il s’agit de ne prendre en compte que le strict minimum légal pour l'augmentation du SMIC.

Un emploi à 35 heures rémunéré au SMIC doit théoriquement permettre de vivre décemment. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Nous ne faisons pas de ce constat une fatalité et nous voulons permettre à chacun de trouver un emploi émancipateur qui permette de vivre dans des conditions décentes.

Un emploi pour chacun

Valoriser le travail passe par la question du salaire, mais repose aussi sur le fait de proposer un emploi à chacun. « Travailler plus », c'est pour nous travailler plus de manière collective, c'est à dire travailler tous. Le plein emploi ne doit pas rester une utopie. Nous connaissons plusieurs leviers. Il convient de les activer et de refuser les comptes d'apothicaires affichant une baisse fictive du chômage. Les chiffres présentés par le pouvoir sont contestés par les instituts officiels qui doivent nous les publier. Le Gouvernement souhaiterait peut-être apprendre aux statisticiens à faire leur boulot... Toujours est-il que le chômage baisse dans les chiffres mais les usines ferment et nous ne voyons pas de créations d’emplois.

Par ailleurs, la démographie prévue à l'horizon 2050 montre que la population active va baisser, dès 2008 en globalité, et dès 2010 pour les moins de 25 ans. Dès lors, à niveau d'emploi constant, la diminution du chômage va s'accélérer. Il s'agit d'une donnée démographique. Cependant, nous ne pouvons raisonner de cette manière et s'il faut retenir une chose de cette donnée, c'est que ce n'est pas en terme de niveau de chômage mais en terme de niveau d'emploi qu'il faut évaluer une politique de l'emploi.

Une politique volontariste de l'emploi passe notamment par le recours à l'emploi public pour des services publics forts, efficaces, en phase avec les besoins de chacun. La volonté de ne pas remplacer un fonctionnaire partant à la retraite sur deux nous interpelle au plus haut point, de même que le démantèlement progressif des services publics. La suppression continue de postes dans l’Éducation Nationale contribue à la baisse de qualité de notre enseignement.

Le dispositif « emplois-jeunes », malgré leurs défauts, ont permis de créer de nouveaux emplois, répondant à de nouveaux besoins, dans des secteurs non-marchands, là où il est le moins évident de créer des emplois. Il nous faudra repenser un dispositif équivalent, en complément des emplois associatifs créés depuis 2004 dans certaines Régions. Grâce à ces dispositifs, nous avons su imaginer des débouchés nouveaux permettant à chacun de trouver un emploi épanouissant et émancipateur dans la plupart des cas.

Par ailleurs, les entreprises font bien entendu partie des sources de création d'emplois. Notre pays possède des potentiels non négligeables qu'il faut valoriser. Nous observons depuis maintenant plus de 40 ans une forte désindustrialisation de notre pays, amplifiée ces dernières années par des délocalisations dont la principale justification est le coût du travail. Nous avons, toujours eu tendance à dédramatiser la désindustrialisation en voyant progresser le secteur tertiaire. Or, il est faux de croire que les services vont suffire à compenser l'industrie.

La France n'est pas le pays que les investissements fuient à tout prix comme le laissent entendre les libéraux. Des groupes internationaux (y compris japonais et américains) s'installent en différents points de notre pays. En combinant l'industrie et l'innovation, nous continuerons à faire valoir notre savoir-faire, notamment en terme de qualité et de recherche. La recherche et l'innovation doivent donc être une priorité, et il faut s’en donner les moyens, en vue d'une nouvelle politique industrielle. Une dynamique et un souffle nouveau sont donc à créer pour faire de la France et de l'Europe des moteurs dans ces domaines. Dans cette nouvelle industrie, les emplois y sont nécessairement de meilleure qualité que ce que l’on a pu connaître par le passé. Ce devront être des emplois décents compatibles à la vision du travail que nous pouvons avoir, c’est-à-dire source d’épanouissement.

Par ailleurs, il faut continuer les investissements massifs et les grands travaux en terme de créations d’infrastructures nationales et transnationales, indispensables au désenclavement de certaines régions et vecteur d'attirance pour les investissements localisés, mais aussi en terme de développement des technologies de l'information et de la communication, de construction de logements… Une véritable politique de relance économique, alliant recherche de croissance et objectif de plein emploi, pourra nous conduire vers des créations d'emplois, véritable source de baisse du chômage.


Un contrat de travail ne crée pas d'emplois. La mise en place d'un contrat unique n'aurait pour seule conséquence l'ouverture du démantèlement du droit du licenciement. Le Medef souhaite voir disparaître la réglementation encadrant le licenciement au profit d'un principe de « séparabilité » négocié entre le salarié et son employeur. Le Contrat à Durée Indéterminée doit être une norme dont l’exécution est encadrée par la loi et les négociations collectives débouchant sur des applications plus favorables à la loi par le principe de hiérarchie des normes. Toute autre forme de contrat de travail n’est pas à exclure mais doit avoir un statut dérogatoire.

Les variations d’activité ou les remplacements de personnels absents peuvent effectivement justifier l’utilisation d’emplois temporaires. Cependant, lorsque l’on observe la présence continue d’un taux de contrats précaires significatif dans les effectifs d’une entreprise, cela constitue un abus qui doit être sanctionné.

Des alternatives sont possibles pour permettre notamment aux petites structures d’embaucher des salariés apportant des compétences qui leur sont utiles même si elles n’ont pas les moyens d’embaucher à temps complet en CDI. Les groupements d’employeurs constituent une forme d’organisation permettant à plusieurs structures d’embaucher collectivement des salariés sans nécessairement avoir le souci du coût et de la variation d’activité. En effet, le coût est partagé et les salariés peuvent passer d’une structure à l’autre aisément en fonction des besoins de chacun et de leurs compétences. Il ne s’agit pas de créer une relation contractuelle de service entre des entreprises utilisatrices et des travailleurs indépendants dans la mesure où il y a effectivement existence d’un contrat de travail, en CDI, à rémunération constante, entre le groupement et le salarié. Cela permet aussi de sortir d’une logique parfois suicidaire de compétition entre les petites structures qui ont besoin, au contraire, de s’allier pour mieux faire face aux difficultés quotidiennes que l’entreprise peut rencontrer.

Enfin, un autre levier consiste à mettre en opposition « travailler plus, travailler à quelques-uns, travailler pour moins cher » à « travailler moins, travailler tous pour mieux vivre ensemble ». Si l’on considère que le nombre d’emplois total n’est pas extensif et que nous voulons réduire le chômage, il reste la possibilité de partager le travail. La réduction du temps de travail, inscrite dans un projet de société du temps libéré, est certainement le levier le plus pertinent pour réduire le chômage via des créations d’emplois directs et indirects.

En fait, le premier effet de la réduction du temps de travail est le partage de la charge de travail entre tous les salariés. A charge constante, il est alors nécessaire d’embaucher pour au moins maintenir le niveau d’activité. Cela a généralement pour effet d’augmenter les capacités de production ainsi que le niveau d’activité et nous pouvons également observer un gain de compétitivité. Le second effet dépend directement de l’utilisation du temps libéré pour les salariés. S’ils utilisent le temps dans diverses activités de loisirs, des nouveaux besoins en personnel sont ouverts et de nouvelles créations d’emplois viennent participer à la baisse du chômage.

Il est donc possible d’atteindre le plein emploi en combinant l’ensemble des leviers et d’inscrire ces politiques de l’emploi volontaristes dans le cadre d’un projet de société global aboutissant à la fois l’épanouissement et à l’émancipation de chaque individu par des mesures collectives d’organisation de la société qui reconnaîtraient l’ensemble des activités qu’elles soient salariées ou non.

La reconnaissance de l’activité non salariée

« Le travail c’est la santé, rien faire c’est la conserver » disait la chanson d’Henri Salvador. Sans prôner une société de « fainéants » et d’assistés, comme nous le reproche généralement la droite, la gauche doit pouvoir revendiquer une vision du travail différente : un épanouissement personnel de l’homme en dehors du seul travail salarié.

En effet, la montée de l’individualisme entraîne une montée des activités solitaires dans le travail salarié comme en dehors. Il est donc de notre devoir de redonner du sens au collectif. Au sein des entreprises ou administrations chaque salarié est dans une équipe, qui elle même fait partie d’un autre collectif. Il est important de valoriser ce travail d’équipe et de transversalité. Ainsi au sein des administrations, les échanges entre niveaux et entre domaines permettent un décloisonnement et un enrichissement de chaque salarié. C’est par le contact avec d’autres salariés que chacun peut non seulement améliorer son travail, réfléchir sur sa pratique professionnelle mais également s’enrichir personnellement. Nous avons donc comme devoir de développer des espaces d’échange, de concertation, d’analyse des pratiques dans l’ensemble des branches d’activité.

Le travail salarié permet certes le travail en équipe, la valorisation des compétences, le lien social, mais chaque travailleur est avant toute chose un être humain avec une vie en dehors de son travail et il doit pouvoir trouver un enrichissement personnel en dehors de ces heures de salarié. Grâce à la mise en place des 35h payées 39h, des parents ont pu partager du temps avec leur enfants, d’autres ont pu tout simplement se reposer ou lire, écouter de la musique… La société du temps libre que nous appelons de nos vœux doit tendre vers une amélioration de la condition humaine et un épanouissement de chacun en dehors du seul travail rémunéré.

Cela suppose de revoir non seulement la durée du temps de travail, en permettant à tous de bénéficier d’une journée par semaine de temps pour soi et pour les autres. Cela suppose également de revoir le coût des loisirs et de la culture pour permettre une plus grande égalité d’accès à l’offre existante. Cela suppose enfin de revoir les moyens d’incitation à l’engagement pour l’intérêt collectif notamment dans le cadre d’associations, de syndicats…

Ces activités réalisées en dehors du temps salarial peuvent être considérées comme une forme de travail pour la collectivité mais qui ne sera pas nécessairement rémunérée. Cela n’entraînera pas toujours rémunération et production matérielle, pour autant il s’agit de faire bénéficier à la collectivité de son savoir, de donner un peu de soi pour les autres. La gauche doit être aujourd’hui en mesure de développer et d’inciter les salariés à avoir des engagements collectifs, au sein de leur entreprise mais aussi et surtout en dehors. Cela peut passer par exemple par des clubs de sport à l’intérieur de l’entreprise, ou encore par l’engagement en tant que bénévole dans une association pour les Sans Domicile Fixe. Nous devons avoir comme objectif d’enrayer le développement de l’individualisme contemporain en développant l’esprit collectif, notamment à l’extérieur de l’entreprise.

Nous devrons donc valoriser l’intérêt du travail non salarié, bénévole. La production d’un bien ou d’un service peut se faire de manière non rémunérée, comme cela se fait pour les Restos du Cœur par exemple. Dans cette société où l’on considère que tout ce qui est réalisée doit être payé et que rien ne peut être gratuit, il y a un travail de pédagogie à faire dès le plus jeune âge pour expliquer l’intérêt du don, de l’échange. Pensons notamment aux sociétés où celui qui savait faire un gâteau le donnait à celui qui lui avait fait l’ourlet de son pantalon ! Tout ne se monnaye pas, il est possible de faire des choses bénévolement sans penser à la rémunération que l’on aura derrière. L’apprentissage de l’intérêt de tous est donc à revoir !

Sommaire

Le travail, salarié et non salarié, un outil de reconnaissance sociale

Un outil de reconnaissance sociale

La valeur du travail dans la construction de l’individu
Le salaire : la valeur du travail
Un emploi pour chacun

La reconnaissance de l’activité non salariée

La valeur travail face à la valeur capital

Le travail : un moyen de production

Le travail par les libéraux
Le travail par Marx
La régulation des rapports employeurs / salariés
Une Sécurité Sociale Professionnelle
La démocratie au travail

Redonner du sens au travail

Une juste redistribution des profits
Une dimension humaine au travail
Un dépassement du capitalisme

Conclusion

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