MOUVEMENT DES JEUNES SOCIALISTES
Fédération du Jura
CONVICTIONS

La valeur travail face à la valeur capital

Le travail : un moyen de production

Le travail par les libéraux

La théorie libérale que nous connaissons aujourd’hui est largement inspirée de Smith qui fut le premier à poser la notion de travail comme la possibilité de mesurer la « valeur échangeable de toute marchandise », théorisant la mesure de la richesse basée sur le temps de travail. La production d’un bien demandant un temps de travail, ce temps constitue un coût de production. La valeur d’un bien serait alors mesurée notamment en fonction du temps passé à le produire.

Un autre grand concept libéral, qui a plus que jamais cours aujourd’hui notamment par la prégnance de la notion de mérite, est le concept dit de la « main invisible ». L’intérêt individuel concours à l’intérêt collectif. Par exemple, le boulanger trouve un intérêt à faire du pain pour gagner sa vie, et concours à l’intérêt collectif parce qu’il permet à la population d’avoir du pain à manger. Si cette théorie peut en un certain sens se vérifier, elle à cependant des limites inextricables. D’une part, l’intérêt individuel ne concours pas de façon générale à l’intérêt collectif (si l’employeur a intérêt à licencier son ouvrier, cela génère du chômage et l’intérêt collectif est inexistant). D’autre part, ce concept de « main invisible » n’est pensé que dans une fin d’accroissement perpétuelle de biens matériels (ce que j’apporte maintenant l’est pour me rapporter davantage ensuite). La recherche de croissance devient une fin en soit, ce qui contribue d’ailleurs à l’aggravation du désastre écologique que nous connaissons aujourd’hui.

Enfin, et c’est sûrement la donnée la plus importante dans la compréhension du « tout marché » d’aujourd’hui, c’est que dans l’essence profonde du libéralisme, il y a l’idée que le marché est un naturel de l’homme. Smith parle même de « propension de l’homme à troquer, à échanger, et céder une chose contre une autre », y compris donc sa propre force de travail. L’homme devient alors malgré lui le point central du marché.

Dans la théorie libérale, le travail est donc central. De plus, c’est par la mesure de son temps que la valeur des biens produits est établie. Le travail devient le déterminant de la productivité, le but étant d’accroître sans cesse la quantité des ces biens.

Cette conception n’est qu’économique et s’affranchit totalement de toutes conséquences sociales qui peuvent en résulter. En effet, si l’on simplifie, si l’on intensifie sans cesse les tâches pour produire plus et donc accroître la richesse, les considérations humaines sont complètement ignorées.

Cette critique radicale de la théorie libérale nous vient essentiellement de Marx, sans doute celui qui est allé le plus loin dans l’analyse.

Le travail par Marx

Marx, s’efforce de faire une distinction entre le travail (autrement dit un instrument de mesure de ce que l’on produit) et la force de travail (qui elle, se vend pour produire). Cette distinction est fondamentale. En effet, pour les libéraux, le travail n’est qu’un instrument de mesure. Cela reviendrait à vendre le bien au prix égal au temps de travail utilisé pour produire ce bien. Or, cela ne fonctionne pas de la sorte car cela reviendrait à vendre à prix coûtant, sans bénéfice, ce qui ne profiterait pas à l’intérêt individuel du producteur. En réalité, la force de travail vaut moins que le produit fini en lui-même. Cette différence de valeur est amplifiée lorsque l’on agit sur la productivité et que l’on divise les tâches. La différence entre le coût de revient et le prix de vente correspond à la plus-value qu’extirpe le propriétaire des moyens de production.

C’est précisément par ce mécanisme, qu’en termes marxistes, les propriétaires s’enrichissent et les prolétaires s’appauvrissent. D’ailleurs, ce phénomène de paupérisation, tel que décrit par Marx, est d’une actualité criante, exprimée sous une autre forme aujourd’hui dans le cadre de la mondialisation. La logique économique des grandes multinationales d’aujourd’hui qui ont des chiffres d’affaires parfois égaux au PIB de certains pays, tend à reproduire le phénomène critiqué par Marx. La main-d’œuvre chinoise et d’Asie du Sud-est d’aujourd’hui, d’une certaine manière, subit malgré elle cette forme d’aliénation (citons ici Marx et Engels : « Ces ouvriers contraints de se vendre au jour le jour sont une marchandise, un article de commerce comme un autre »). Notons également que cela n’est pas sans répercussions sur l’organisation du travail dans nos sociétés occidentales qui voient se développer la norme du « précaire ».

La régulation des rapports employeurs / salariés

Les travailleurs sont considérés comme des vendeurs de force de production. Cependant, le rapport de force entre travailleurs et employeurs n’est pas à égalité. En effet, naît du contrat de travail un lien de subordination. Le salarié agit et obéit à son employeur en étant à sa disposition. Il convient donc de protéger le salarié et d’encadrer la relation salarié-employeur. Le code du travail vient établir un certain nombre de règles, de protections.

Le Medef le considère comme rigide, complexe, inadapté au monde moderne ou handicapant pour la compétitivité. Rappelons à ce sujet que le constat de complexité vient essentiellement du fait qu’il a été construit progressivement, au fur et à mesure des avancées sociales qui ont été conquises par les salariés. Le considérer comme inadapté au monde moderne est là une mauvaise foi rarement atteinte dans la mesure où le droit social et le droit le plus évolutif et le plus souvent modifié législature après législature.

L’existence même d’un droit du travail est un élément pour reconnaître une démocratie. La non-organisation des relations salariés/employeurs remonte au temps de l’esclavage où les maîtres imposaient leurs conditions aux serviteurs. Le droit du travail, accompagné d’une hiérarchie des normes rétablie, doit avoir pour rôle de sécuriser les relations salariés/employeurs ainsi que les parcours professionnels.

Une Sécurité Sociale Professionnelle

La perte non volontaire d’un emploi est un accident de la vie qui peut arriver à tout salarié. Le droit du travail doit offrir à chaque travailleur un statut, quelle que soit la forme de ce travail, qui puisse garantir une sécurisation du parcours professionnel via une Sécurité Sociale Professionnelle. Celle-ci devra permettre à chacun de pouvoir se former, entreprendre, se consacrer à sa vie de famille ou à une activité non lucrative sans avoir la crainte de la perte de revenus et des droits sociaux liés au contrat de travail grâce à la mise en place d’un revenu de transition et le maintien des droits sociaux acquis du fait du contrat de travail rompu sans sa volonté.

La démocratie au travail

Entre le détenteur du capital et le fournisseur de la force de travail, il y a des différences d’intérêt : le premier revendique de la souplesse dans l’organisation de la production quand le second cherche à se protéger par une sécurité du travail. Si sans capital il n’y a pas de travail, l’inverse est aussi vrai. En effet, sans travail le capital n’est rien. L’oubli de ce postulat de base rend possible la domination du capital sur le travail alors qu’il devrait permettre de mettre à plat les fondements même du rapport entre ces deux composantes et de rendre possible une égalité dans la participation aux prises de décisions.


Dans le but permanent de développer la démocratie à tous les niveaux et donc aussi la démocratie sociale, nous devons permettre le développement des organisations syndicales. Pour nous, ces dernières doivent s'inscrire dans une démarche à la fois offensive et constructive pour gagner en crédibilité auprès de tous les acteurs socio-économiques, y compris les salariés eux-mêmes, et ainsi imposer leur légitimité en terme de représentativité.

La notion de reconnaissance de la représentativité d'une organisation syndicale doit par ailleurs être revue. Seules cinq d'entres elles sont officiellement reconnues, et les règles pour être reconnue représentative sont aujourd'hui dépassées et provoquent parfois des situations de blocage. Ainsi, nous considérons que la légitimité des organisations syndicales repose sur deux éléments uniquement : le nombre d'adhérents et le résultat aux élections professionnelles qui doivent être organisées le même jour dans toutes les entreprises.

Les règles de la négociation collective doivent être revues, avec la superposition des différentes normes existantes. Nous devons réinstaurer la hiérarchie des normes, impliquant qu'un accord est nécessairement plus favorable que celui négocié à l'échelon supérieur, avec obligation d'obtenir une majorité lors de la conclusion de tout type d'accord. En effet, il est intolérable de voir des syndicats minoritaires signer des accords de régression sociale, cédant au chantage patronal de plus en plus courant.

Pour nous, les salariés, quel que soit l'endroit où ils travaillent, doivent pouvoir contribuer à la prise de décisions dans leur entreprise. Nous voulons donner des voix délibératives aux salariés dans les Conseils d’Administration. Même s’il peut y avoir des problèmes de compétences, qui peuvent se régler par des formations, il est nécessaire d’impliquer les salariés dans leur organisation, et pas seulement d’un point de vue pécuniaire. Cette capacité de décider doit être déconnectée de toute forme d'actionnariat salarié, risquant de rendre les salariés passablement schizophrènes et accentuant les inégalités entre eux.

Par ailleurs, la participation des salariés aux prises de décisions stratégiques est un élément de justice et crée les conditions d'un développement réellement durable des entreprises. En effet, les salariés veulent garder leur emploi tout en recherchant les meilleures conditions de travail et de revenus possibles. Ils ont donc tout intérêt à assurer la pérennité de leur organisation. Ils s'inscrivent ainsi plus naturellement dans une vision à long terme que l'investisseur, à la recherche du profit immédiat.

Cette forme d’organisation se rapproche d’une économie qui existe de manière trop marginale aujourd’hui alors qu’elle fonctionne : l’économie sociale.

Redonner du sens au travail

Une juste redistribution des profits

Dans nos sociétés modernes actuelles, le travail est considéré comme une matière première à part entière. Ainsi Nicolas Sarkozy nous explique que « l’homme n’est pas une marchandise comme les autres » mais il en est une tout de même ! Le travailleur est là pour servir la productivité et donc la rentabilité de l’entreprise. Pour avoir la plus forte rentabilité, il sera intéressant de payer le moins cher possible ses matériaux de base et sa main d’œuvre. La concurrence mondiale des entreprises entraîne donc une concurrence entre les salariés non seulement en terme de coût mais aussi d’efficacité, de formation… Le travail est donc devenu un objet concurrentiel comme peuvent l’être les matières premières, les machines…

Une fois le produit fini et commercialisé, ce sera la part entre le capital et le travail dans la répartition de la valeur ajoutée qui en pâtira. On est passé en moins de 30 ans à un rapport de 60% des richesses revenant au travail (contre 40% pour le capital) à un rapport inversé de 40% pour le travail et 60% pour le capital. On rémunère donc davantage ceux qui investissent dans l’entreprise que ceux qui la font tourner quotidiennement.

L’objectif de la gauche est donc de revenir à une répartition plus juste entre le capital et le travail qui permettent de valoriser ce que chaque salarié réalise chaque jour. En permettant au salarié de toucher une partie des bénéfices réalisés par son entreprise, cela le valorisera dans son travail tout en le motivant. Cela passe également par une interdiction des parachutes dorés et autres stocks options réservés aux grands patrons qui augmentent le sentiment d’injustice et d’inégalité dans les entreprises. De même nous devons être en mesure de taxer les entreprises qui ne redistribuent quasiment aucun bénéfice à leurs salariés et la totalité (ou quasiment) à leurs actionnaires. Le fruit du travail de chaque homme doit pouvoir leur être reversé non seulement par leur salaire mais également par le biais de reversements sur les bénéfices.

Une dimension humaine au travail

La situation actuelle qui fait de l’homme une marchandise « presque » comme les autres entraîne une déshumanisation du travail : on ne considère plus les salariés en tant qu’Homme mais comme de simples machines, moyens de production. Or, bien que les machines puissent tomber en panne, les hommes ont des réactions différentes. On a vu dernièrement avec les nombreux cas de suicides dans différentes usines automobiles, que considérer les hommes comme des machines sans sentiment, pouvait avoir de lourdes conséquences psychologiques. La mise en place de cellules psychologiques dans un certain nombre d’entreprises démontre la nécessité à l’heure actuelle de prendre en compte plus sérieusement les pressions qui sont exercées sur les salariés. Qu’est devenue notre société si nous sommes obligés de mettre en place ce type de cellules ? La dérive libérale faisant du travailleur une machine comme les autres a permis aux dirigeants de ne plus considéré leurs salariés comme des humains. Pourtant l’homme, de part sa nature, ne peut être considéré comme un moyen de production de base.

Un dépassement du capitalisme

Notre objectif aujourd’hui doit être de dépasser cette vision du salarié-machine pour en revenir à une vision du salarié humain. Pour cela nous devrons revenir sur le fait que le travail n’est pas un bien comme les autres et qu’il ne peut être utilisé comme un autre bien de production. La place du salarié dans l’entreprise doit être revalorisée, non seulement par un biais financier, mais également dans l’organisation fonctionnelle de l’entreprise : dans les négociations collectives, dans la réflexion sur l’avenir… Un secteur semble avoir compris l’importance pour le salarié et l’entreprise de revoir ce mode de fonctionnement : l’économie sociale et solidaire. Ce modèle apparaît aujourd’hui comme une véritable alternative au capitalisme économique et ne se limite pas à des secteurs comme le social ou le commerce équitable. Elle représente aujourd’hui plus de 700 000 emplois en France dans des organisations allant de l’association d’insertion à de grandes mutuelles ou banques. Dans ces structures les salariés prennent part aux décisions stratégiques, les profits reviennent en partie aux salariés qui sont les contributeurs principaux puis le reste va au capital et au réinvestissement. Le principal acteur dans ses sociétés est donc l’homme et non plus le capital.

Sommaire

Le travail, salarié et non salarié, un outil de reconnaissance sociale

Un outil de reconnaissance sociale

La valeur du travail dans la construction de l’individu
Le salaire : la valeur du travail
Un emploi pour chacun

La reconnaissance de l’activité non salariée

La valeur travail face à la valeur capital

Le travail : un moyen de production

Le travail par les libéraux
Le travail par Marx
La régulation des rapports employeurs / salariés
Une Sécurité Sociale Professionnelle
La démocratie au travail

Redonner du sens au travail

Une juste redistribution des profits
Une dimension humaine au travail
Un dépassement du capitalisme

Conclusion

Copyright (c) 2007 - Fédération MJS du Jura - http://www.mjs39.org/