Travailler plus pour gagner... ?
Le grand slogan de la campagne de Sarkozy concernant le travail, dont il dit vouloir rétablir la valeur, a été « Travailler plus pour gagner plus ». Cet adage, apôtre de la pensée libérale, porte la question du chantage du patronat avant d'accepter, éventuellement, d'augmenter les salaires. En effet, il dit expressément qu'avant d'envisager une hausse du salaire, il faut donner plus de travail car il n'y a pas d'argent à distribuer pour les salaires. Pourtant, les travailleurs français font partie des plus productifs au monde. Pourtant, les entreprises n'ont jamais autant dégagé de profits. Pourtant, les grands patrons ne sont jamais partis avec des parachutes aussi dorés.Au-delà du simple fait qu'il est possible et nécessaire d'augmenter les salaires aujourd'hui dans notre pays, nous devons nous interroger sur la possibilité même de travailler plus de manière individuelle.
Quel salarié choisit son temps de travail ? Le temps de travail est indiqué sur le contrat de travail. Nous connaissons tous la capacité du demandeur d'emploi à négocier le salaire et le temps de travail sur son contrat, le plus souvent précaire, quand il a la chance de trouver un contrat à signer et surtout lorsque l'on lui rappelle qu'il y a la queue derrière lui s'il n'accepte pas ces conditions de travail. La décision concernant les heures supplémentaires revient exclusivement à l'employeur. Rien aujourd'hui n'interdit de faire des heures supplémentaires (il est possible d'en faire jusqu'à 220h par an après accord de branche) et le fait pour un salarié de refuser constitue encore aujourd'hui une cause de licenciement. Seuls 37% des salariés à temps complet ont fait en moyenne 55h supplémentaires l'an dernier.
Entre la caissière de supermarché à qui il a été imposé un temps partiel sans aucune perspective de passer à temps plein et le cadre qui répond déjà au téléphone le week-end et emmène du travail à la maison, la réalité du monde du travail est bien lointaine de l'idée simpliste de Sarkozy.
Avec le projet de Sarkozy, les salariés travaillent plus, les employeurs gagnent plus et c'est la société qui trinque. Un salarié rémunéré au SMIC, célibataire sans enfant, faisant 12 heures supplémentaires par mois gagnera certes 65 euros de plus sur une année complète et paiera 11 euros d'impôts en moins mais son employeur économisera 125 euros, sa future retraite sera amputée et les caisses de la Sécurité Sociale et de l'Unedic se partageront le manque à gagner de 150 euros. Il sera alors aisé pour le Ministre des réformes de régressions sociales devenu Premier Ministre de Sarkozy de justifier des nouvelles réformes de la Sécurité Sociale et de l'Unedic après en avoir vidé les caisses.
Pour nous, les heures supplémentaires doivent être exceptionnelles et il doit être possible de boucler ses fins de mois lorsque l'on travaille à temps complet payé au SMIC.
Réhabiliter la « valeur travail » n'est qu'un slogan et nous considérons que la question de l'emploi passe par la revalorisation des salaires, par la recherche de conditions de travail de qualité et par le fait de travailler tous.
Au-delà de cela, il faut réaffirmer que le travail doit être émancipateur et non plus anihilateur. En effet, la socialisation ne passe pas uniquement par le travail et c'est pour cette raison que nous défendons la réduction du temps de travail, l'étendue des 35 heures et à terme les 32 heures. Pour nous, il est nécessaire de développer une société du temps libéré. Au « travailler plus, travailler à quelques-uns », nous opposons « travailler moins, travailler tous pour mieux vivre ensemble ».
Pour travailler tous, Sarkozy porte le contrat unique. Visiblement, les leçons de l'échec de la droite sur le CPE face à la jeunesse n'ont pas été tirées ; pas plus que les déboires du CNE. En effet, le CPE a été avorté, le CNE ne crée pas d'emplois et place les salariés dans une précarité inqualifiable et les employeurs dans une insécurité juridique intenable. Malgré tout cela et sous prétexte de Sécurité Sociale Professionnelle, Sarkozy avec le Medef portent le contrat unique mettant à mal le droit du licenciement. En réalité, le contrat unique n'a qu'un seul objectif : permettre au Medef d'imposer aux travailleurs ses conditions et ce, sans aucune contrepartie.
Aujourd'hui comme hier, le MJS est vigilant quant aux droits des travailleurs et nous porterons à la fois la contestation face aux attaques que connaitra le code du travail et l'alternative pour que notre camp soit en capacité de porter de nouveaux droits sociaux.
